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Enfants et parents

Mon enfant refuse de dormir seul : comment l’aider à retrouver ses nuits

Il réclame un parent à côté de lui, revient trois fois dans le salon, finit dans votre lit au milieu de la nuit. C’est l’une des difficultés de sommeil les plus fréquentes entre 3 et 10 ans, et l’une de celles qui se règlent le mieux, à condition de comprendre d’abord ce qui la provoque.

Par Jonathan Rouiller, hypnothérapeute pour enfants · Mis à jour le 1er octobre 2026 · 9 min de lecture

Ce qui se joue quand la lumière s’éteint

Pour un enfant, le coucher est une séparation. La journée s’arrête, les adultes continuent sans lui, et il se retrouve seul dans une pièce sombre avec ses pensées. Entre 3 et 6 ans, ce moment coïncide avec une période où l’imaginaire se développe très vite : l’enfant comprend qu’il existe des dangers, sans savoir encore bien distinguer ce qui est réel de ce qui ne l’est pas.

Les peurs nocturnes font donc partie du développement normal. Dans une étude menée auprès de 176 enfants de 4 à 12 ans, près de trois sur quatre en rapportaient au moins une (73,3 %). Et elles ne disparaissent pas forcément en grandissant : elles changent de visage. Le monstre sous le lit laisse la place au cambrioleur, puis aux pensées qui tournent sur la journée du lendemain.

Le problème n’est donc pas la peur en elle-même. Il commence quand elle se met à organiser la vie de toute la famille : un parent qui s’endort chaque soir dans la chambre, des allers-retours qui durent une heure, des nuits coupées pour tout le monde. Selon les études, 10 à 30 % des jeunes enfants vivent des peurs nocturnes assez fortes pour perturber durablement leur sommeil.

Peur ou habitude : savoir de quoi il s’agit

Avant de choisir une méthode, posez-vous une question simple : votre enfant a-t-il vraiment peur, ou a-t-il appris qu’appeler fonctionne ? C’est souvent un mélange des deux. Mais la proportion change la façon de faire.

Plutôt de la peur

  • Il parle d’un danger précis : le noir, un bruit, une ombre, un monstre.
  • Il est tendu, respire vite, ses pleurs sont sincères.
  • La peur apparaît aussi ailleurs : dans un couloir sombre, chez ses grands-parents.
  • Il se calme réellement quand vous êtes là.

Plutôt une habitude

  • Les demandes changent chaque soir : un verre d’eau, une question, un dernier câlin.
  • Il est détendu, voire joueur, quand vous revenez.
  • Le scénario s’est installé après une période où un parent restait : maladie, déménagement, naissance.
  • Il s’endort sans difficulté quand quelqu’un d’autre le couche.

Une peur se rassure, puis se traverse. Une habitude se défait, avec calme et fermeté. Dans les deux cas, c’est la régularité des adultes qui fait l’essentiel du travail.

Ce que montrent les études

Les difficultés du coucher font partie des sujets les mieux étudiés du sommeil de l’enfant, et les conclusions sont plutôt encourageantes. Une revue de l’Académie américaine de médecine du sommeil, portant sur 52 études, a montré que 94 % d’entre elles rapportaient une amélioration nette grâce à des approches comportementales, c’est-à-dire sans médicament : une routine régulière, un retrait progressif du parent, le renforcement positif.

La routine, à elle seule, a un effet mesurable. Dans un essai mené auprès de 405 jeunes enfants, instaurer le même rituel chaque soir a suffi à raccourcir le temps d’endormissement et à réduire les réveils nocturnes.

Enfin, une méthode très simple a fait ses preuves chez les 3 à 6 ans : le ticket du coucher. Dans un essai contrôlé, les enfants qui en disposaient sortaient de leur chambre, appelaient et pleuraient nettement moins souvent que les autres. Vous la retrouverez à l’étape 4.

Cinq étapes pour l’aider à dormir seul

  1. Un rituel court, identique chaque soir

    Vingt à trente minutes, toujours dans le même ordre : toilette, pyjama, dents, histoire, lumière. Un enfant se sent en sécurité dans ce qu’il peut prévoir. Quand chaque soir se déroule de la même façon, la fin du rituel devient un signal : maintenant, on dort. Éteignez les écrans bien avant, car ils stimulent au moment précis où le corps doit ralentir.

  2. Une heure de coucher stable, adaptée à son âge

    L’Académie américaine de médecine du sommeil recommande de 10 à 13 heures de sommeil par 24 heures entre 3 et 5 ans, sieste comprise, et de 9 à 12 heures entre 6 et 12 ans. Un enfant qui manque de sommeil ne s’endort pas forcément plus vite : il est souvent plus agité et plus sensible le soir.

  3. Retirer votre présence par petites étapes

    Si vous restez actuellement jusqu’à ce qu’il dorme, ne disparaissez pas d’un coup. Asseyez-vous d’abord sur une chaise près du lit, en parlant peu. Deux ou trois soirs plus tard, placez la chaise au milieu de la chambre, puis près de la porte, puis dans le couloir. Chaque étape dure deux ou trois soirs, et vous ne revenez pas en arrière.

  4. Le ticket du coucher

    Donnez-lui chaque soir une petite carte qu’il peut échanger contre une seule sortie : un verre d’eau, un dernier câlin, une question. Une fois le ticket utilisé, vous le raccompagnez calmement, sans discussion. S’il lui reste son ticket le lendemain matin, il l’échange contre un petit privilège, comme choisir le petit-déjeuner. L’enfant garde un pouvoir, et c’est précisément ce qui l’aide à lâcher prise.

  5. Donner une place à la peur, plutôt que de la nier

    Un « il n’y a rien » laisse la peur entière. Écoutée, elle devient plus petite. Demandez-lui de la décrire, de la dessiner, puis de la transformer : plus petite, plus drôle, moins impressionnante. Un objet peut prendre le relais de votre présence : un doudou désigné gardien de la nuit, une veilleuse qu’il allume lui-même.

Combien de temps ?

Comptez deux à trois semaines de régularité. Il arrive que les premiers soirs soient plus difficiles : votre enfant vérifie si la nouvelle règle tient. Ce n’est pas un échec, c’est le signe que le changement est en route. Et décidez de la méthode à deux : si un parent cède et l’autre non, l’enfant teste celui qui cède.

Les réflexes qui entretiennent le problème

  • Céder de temps en temps. C’est le piège le plus courant. Une fois sur trois, l’enfant obtient ce qu’il demande, et il apprend qu’insister finit par payer.
  • Discuter longuement dans la chambre. Chaque négociation retarde l’endormissement et rend le moment plus intéressant que le sommeil.
  • Se moquer de la peur, ou s’en servir pour menacer. Une peur moquée se cache, elle ne s’en va pas.
  • Changer de méthode tous les trois soirs. Aucune approche ne fonctionne sans le temps de s’installer.

Ce que l’imaginaire peut faire

Les approches qui réussissent le mieux sur les peurs nocturnes ont un point commun : elles passent par l’imaginaire de l’enfant plutôt que par les explications. Un programme construit autour d’une histoire lue par les parents a, par exemple, réduit les peurs nocturnes d’enfants de 3 à 8 ans dans une étude contrôlée.

C’est aussi le terrain de l’hypnose pour enfants. Rien de spectaculaire : une histoire créée à partir de son univers, de ses héros, de sa peur précise, dans laquelle il apprend à se sentir en sécurité, seul dans sa chambre. Il reste conscient, il entend tout, il participe. Et parce que l’histoire est enregistrée, il peut la réécouter chaque soir, au moment exact où la peur arrive d’habitude.

« Mon fils se réveillait la nuit depuis 9 ans car il ne trouvait pas la sécurité nécessaire en lui pour s’endormir sereinement. Grâce à ta séance d’hypnose, tout a changé. Aujourd’hui, il ne se réveille plus du tout. […] Mon fils est extrêmement fier de lui et tellement heureux au quotidien. »

Mélanie P., avis Google, accompagnement de son fils pour des réveils nocturnes

Quand demander de l’aide

Parlez-en d’abord à votre pédiatre si :

  • votre enfant ronfle fort, semble faire des pauses respiratoires ou dort la bouche ouverte ;
  • la peur déborde sur la journée : refus d’aller à l’école, impossibilité de rester seul dans une pièce, maux de ventre à répétition ;
  • le changement a été brutal, après un événement difficile : accident, deuil, séparation des parents ;
  • rien ne bouge après trois à quatre semaines d’efforts réguliers.

À retenir

  • Les peurs du soir sont fréquentes et font partie du développement de l’enfant.
  • Distinguer la peur de l’habitude aide à choisir la bonne approche.
  • Un rituel identique chaque soir améliore à lui seul l’endormissement.
  • Retrait progressif, ticket du coucher et régularité donnent des résultats en deux à trois semaines.
  • L’imaginaire est le meilleur allié pour apprivoiser une peur.
Jonathan Rouiller

Jonathan Rouiller

Hypnothérapeute et préparateur mental, fondateur de Synergy Performance. Formé à l’hypnose chez OMNI en 2019, il accompagne enfants, ados et sportifs, à domicile en Valais et en Suisse romande, et en ligne. Il est aussi la voix du podcast Nuits Paisibles.

Sources

  1. Muris P. et al. (2001). Children’s nighttime fears: parent-child ratings of frequency, content, origins, coping behaviors and severity. Behaviour Research and Therapy. Lien
  2. Fears and Worries at Nighttime in Young Children (FAWN-YC). PubMed Central. Lien
  3. Mindell J.A. et al. (2006). Behavioral treatment of bedtime problems and night wakings in infants and young children. Sleep, revue de l’American Academy of Sleep Medicine. Lien
  4. Mindell J.A. et al. (2009). A nightly bedtime routine: impact on sleep in young children and maternal mood. Sleep.
  5. Moore B.A. et al. (2007). Evaluating the Bedtime Pass Program for child resistance to bedtime: a randomized, controlled trial. Journal of Pediatric Psychology. Lien
  6. Paruthi S. et al. (2016). Recommended amount of sleep for pediatric populations. Journal of Clinical Sleep Medicine. Lien
  7. Reducing the nighttime fears of young children through a brief parent-delivered treatment. Child Psychiatry & Human Development. Lien

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